Les écrits de Raphaël
BlogMes sits amisQuelques mots sur moiLivre d´OrRemerciements


Toiles


        Pour beaucoup, les cauchemars sont de bien pénibles moments, ce qui peut se comprendre. Pour moi, ils sont, comme les rêves les plus originaux, les plus doux ou les plus fous, une source d’inspiration... donc une bénédiction.
        Celui-ci n’était pourtant pas facile : je me réveillais dans une chambre envahie d’énormes toiles d’araignées, de celles qui ne peuvent être tissées que par des mygales... Je me suis réveillé avec l’idée de cette histoire. A l’origine, elle aurait dû être une nouvelle... mais j’ai eu trop d’idées pour que l’histoire reste courte.


Lire l’histoire


_ Mort aux sorciers !
    Les bûchers se dressaient devant la cathédrale.
_ Mort aux païens !
    Les cris haineux s’entremêlaient, les poings furieux se dressaient. Nobles et serfs, marchands et paysans, prêtres et chevaliers, tous acclamaient le supplice qui attendait ces misérables maudits.
_ L’enfer pour les impies !
    Les condamnés tremblaient dans leurs chemises recouvertes de soufre, dans les épaisses cordes qui les liaient aux poteaux. A leurs pieds s’entassaient les fagots où s’allumerait le feu.
_ A mort !
_ Mort aux infidèles !
    Ils sentirent leurs coeurs battre dans leurs poitrines, entendirent la pulsation effrayée de leur sang dans leurs oreilles. Une sueur glacée coulait sur leur peau.
    Ils tournèrent leurs têtes, fuirent les visages tordus par ce mélange de colère, de mépris et d’exultation. Leurs regards se croisèrent. Dans leurs yeux se lisaient leur peur de la souffrance, leur tristesse devant tant de haine...
    Les poings se levèrent de joie, les gorges crièrent lorsque les torches s’allumèrent.
    Ils prièrent, supplièrent leur dieu d’ôter de leurs corps leurs âmes.
    Des sourires haineux, des exultations heureuses saluèrent les flammes qui s’approchaient des bûchers.
    Leurs sanglots interrompaient leurs prières. Leurs larmes instillèrent des railleries
_ Haha !
_ Ces impies tenteraient-ils d’avoir du coeur ?
dans les bouches de cette foule ennemie.
    Les fagots s’embrasèrent.
_ Qu’ils meurent !
_ Qu’ils soient maudits !
    Le feu grandit, les lécha.
_ Allez-y, mourez !
_ Pourrissez en enfer !
    Ils hurlèrent sous la brûlure, entendirent des quolibets se mêler à leurs cris. Des cloques gonflèrent sur leur peau, qui se calcina.
_ Quel meilleur régal que le cochon grillé ?
_ Ah ! Ah ! Ah !
    Leurs larmes s’évaporèrent en une fumée brûlante. De nouveau, leurs regards désespérés se mêlèrent. Ils sentirent leur chair fondre. Une fumée noire à l’âcre puanteur sucrée montait de leurs corps qui mouraient vers le ciel bleu...


Chapitre suivant

Chapitre I


Provenance : Le Mans. Arrivée : 13 h 19. Voie : 4, affichait le petit écran des arrivées.
    Francis Nerval consulta sa montre. Un peu plus de 13 h 15. Plus très longtemps à patienter. Il sortit son portable et se repassa les MMS que Floriane s’amusait à lui envoyer depuis hier soir. Premier message : une vidéo. La jeune fille filmait son propre visage en gros plan.
_ Bonsoir papa ! Alors voilà, on se fait un carnet de voyage. On pense déjà aux bagages, comme tu vas voir... Attends un peu...
    L’image changea, révéla Mickaël qui fourrait des vêtements dans son sac.
_ Mickaël, t’as un mot à dire ?
_ Quoi ? demanda-t-il de sa voix rendue grave par la mue toute récente.
_ Allez, c’est pour Papa !
_ Ben, ça va être cool, ces vacances chez toi. Faut que je dise autre chose ?
    Francis sourit. Il aurait bien aimé un petit bonjour de Louise, mais savait déjà, pour avoir vu la séquence, qu’il ne verrait que sa fille s’excuser :
_ Maman est au cinéma avec Gérard, alors t’attendras demain matin pour un petit mot.
    Deuxième message. Une vidéo envoyée cette nuit.
_ Bon, ben finalement, Maman veut te dire un mot. Je te préviens, elle est pas très inspirée...
    Le décor du salon défila sur l’écran, puis le visage de Louise apparut.
    Son ex-femme apparaissait parfaitement nette.
Ca a fait de ces progrès, ces engins !
    Presque aussi jolie que lors de leur première rencontre, malgré quelques rides. Le gros plan sur le visage ne laissait pas deviner la petite stature.
_ Eh bien, bonsoir Francis. Je vais te laisser les enfants pour quinze jours. Euh... J’espère qu’ils t’embêteront pas trop, parce qu’ils sont pas faciles. Enfin, tu les connais.
_ N’importe quoi ! protesta la voix de Mickaël.
    Ni l’un ni l’autre n’étaient capables de dire ce qui n’avait pas fonctionné dans leur couple. Ca s’était passé correctement : jamais de frictions vraiment graves. Il manquait juste quelque chose à leur relation. De la passion, peut-être... Oui, ça devait être ça, mais personne n’en était sûr. Et ça s’était terminé par un divorce à l’amiable, l’année des treize ans de Floriane et des dix ans de Mickaël.
    Les autres messages se résumaient à des photos. Départ, s’intitulait une image de la maison. En route ! invitait la grande baie vitrée qui recouvrait le mur de la gare du Mans.
    Une petite mélodie retentit dans le haut-parleur.
_ Le TGV numéro 8711, en provenance de Paris et à destination de Rennes, entrera en gare voie 4. Eloignez-vous de la bordure du quai, s’il vous plaît.
    Francis glissa la façade de son portable et le remit dans sa poche et sortit du hall de la gare. Il descendit l’escalier, parcourut le souterrain, remonta les marches vers le quai 4. Une faune classique de voyageurs attendait. Ce cadre en costume, un petit bagage sur l’épaule, une housse de micro-ordinateur dans une main, l’autre qui plaquait contre son oreille le portable qui venait de sonner. Ces deux jeunes qui se marraient bien, assis sur leurs sacs à dos, en jean et t-shirt, le menton couvert d’une barbe de plusieurs jours, la casquette vissée sur une longue chevelure. Ce jeune couple qui s’embrassait, se parlait doucement, échangeait mots doux et plaisanteries. Cette grand-mère pleine d’entrain qui rappelait à l’ordre ses deux petits-enfants qui se chamaillaient.
    Une vague tache bleutée apparut, puis grossit pour devenir la silhouette d’un train qui s’approchait. Son bruit, d’abord lointain, se précisa. Bientôt, des freins crissèrent. Enfin, le TGV s’arrêta. Les portes s’ouvrirent, laissèrent descendre des passagers, monter les voyageurs... Francis distingua, quelques wagons plus loin, la silhouette plutôt haute de Floriane et celle, plus petite, de Mickaël. Tous deux portaient de gros sacs à dos. Il crut voir que la jeune fille brandissait...
Son portable ? Mais qu’est-ce qu’elle invente encore ?
    La réponse fut une brève mélodie qui sortit de son téléphone. Il le sortit de sa poche et coulissa la façade. L’écran signalait un MMS de Floriane.
_ Pff... sourit-il.
    Il lut.
Coucou !
    Sa propre silhouette, vue de loin, lui apparut.
_ Ah ! Celle-là ! s’amusa-t-il en rangeant l’appareil.
    Enfin, ses enfants furent face à lui.
_ Bonjour.
    Ils échangèrent de chaleureuses bises.
_ Bonjour Papa. T’as bien eu mes messages ?
_ Même le dernier. Bonjour Mickaël.
_ Bonjour.
_ T’es jolie comme tout, Floriane.
_ Papa !
    De sa mère, la jeune fille tenait sa petite frimousse, ses yeux sombres et sa longue chevelure brune, droite et souple. Mais au lieu de lui prendre aussi sa petite taille, elle avait pris la haute stature de son père.
J’espère qu’elle prendra pas mon ventre !
_ J’aimerais bien vous payer un verre dans le coin, mais c’est pas les meilleurs bars de la ville, par ici.
_ Fais-nous plutôt découvrir ton appart ! demanda Mickaël.
_ Laval d’abord, si tu veux bien. On va pas en voir grand-chose : c’est pas très loin. On y va ?

_ Et voilà ! annonça Francis en ouvrant la porte. A vous l’honneur, les jeunes.
_ Djeunz ! reprit Floriane avant d’entrer dans l’appartement.
_ Si tu veux...
_ On voit la... voulut demander Mickaël. Merde ! Comment ça s’appelle, déjà ?
_ Langage, Mickaël.
_ Excuse ! Comment il s’appelle, le fleuve, déjà ?
_ Comme le département...
_ Ah ben ouais ! Je suis bête ! La Mayenne ! On voit la Mayenne ?
_ Entre et tu seras fixé !
    Le garçon se décida à bouger du palier. Il parcourut le couloir et déboucha dans le salon.
_ Trop excellent !
Il a dû voir la Mayenne...
    Francis entra à son tour. Floriane, dont le sac était posé contre un fauteuil, se tenait debout sur le balcon, appuyée sur la balustrade. Il la rejoignit alors que Mickaël hésitait entre s’extasier sur le cours d’eau qui s’écoulait le long du quai ou s’émerveiller de la grandeur du salon.
_ Ca a l’air d’une belle ville... dit la jeune fille, les yeux levés vers...
_ Tu regardes le vieux château ? Il date du douzième siècle. Il abrite le musée d’art naïf.
_ Et le château à côté ?
_ Le château neuf ? Il a abrité le Palais de Justice. Et en ce moment, il est en pleine rénovation. Après, on sait pas trop. Il est question d’un centre culturel, mais je connais les politiques.
_ Tu nous feras découvrir le vieux Laval ?
_ On visitera ensemble. C’est différent du vieux Mans, tu vas voir.
_ Cool !
_ Tu te plais pas au Mans ?
    Elle sourit et haussa les épaules.
_ J’aime bien, j’y ai un paquet de copains et de copines...
_ Et de petits copains...
_ Nawak ! Un ou deux, mais pas un paquet !
_ Menteuse ! claironna Mickaël.
_ L’écoute pas...
_ Comment elle baratine, l’autre !
_ Tu fais ce que tu veux de ta vie... chambra Francis.
    Floriane regagna le salon. Mickaël, qui sut à quoi s’attendre, recula. Ils se poursuivirent brièvement, puis la jeune fille put saisir son frère, qui hurlait de rire alors qu’elle le chatouillait.
_ Alors, qu’est-ce que t’as à dire de mes petits copains ? Hein ?
    Leur père sourit.
Ca va être cool, ces vacances chez toi, avait dit Mickaël.
    Francis en était persuadé.
    Il se trompait.


Chapitre précédent          A suivre


Envoyez-moi votre avis

Revenir en haut de la page

© 2008 Raphaël TEXIER copyright