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SECTIDiC, S.A




   Cette nouvelle fait suite à un appel à texte sur ce groupe Facebook. Le thème était : Entretien d’embauche.

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– Tino Rosetti. J’ai été convoqué à dix heures pour…
– Un entretien, coupa la réceptionniste sans se départir de son sourire. Vous avez un petit peu d’avance. Vous pouvez vous asseoir ici et patienter quelques minutes, on vous appellera.
   L’homme en costume noir s’installa sur un des fauteuils désignés et posa sa mallette sur ses genoux d’un geste nerveux. Il tâta le nœud de sa cravate blanche. Nickel. Le premier contact avec la Société d’Exécution de Contrats, de Torture, d’Intimidation et de Disparition de Cadavres devait être le bon sous peine d’être le dernier.
   Les minutes passèrent, chacune plus stressante que la précédente. Tino passa en revue toutes les questions que ses patrons, ou assassins, ça dépendrait de leur humeur, pourraient lui poser. Ses armes préférées ? Non, trop facile. Mais ça pouvait tomber, non ? Bon, d’accord. Mieux valait éviter de mentionner le fusil à lunette, réservé aux débutants. Les couteaux, ça passait bien. Poignarder, un beau contact bien franc ! Ou lancer, ça demandait de l’adresse. Le traumatisme
   Je devrais pas commencer par arrêter de stresser ?
– Monsieur Rosetti, appela une voix.
   Tino se hâta de saisir la poignée de sa mallette, se leva, vit le colosse au crâne ras qui venait de lui parler. Ses muscles étouffaient dans une chemise blanche ajustée sous une veste bleu roi aux gros boutons dorés, le col ouvert daignait laisser respirer son cou de taureau. Il tendit son bras massif vers un ascenseur ouvert.
– Par ici.
   Seuls quelques étages séparaient Tino du grand moment…

   Il respira un grand coup et entra dans la salle que lui désignait l’armoire à glace. La porte claqua derrière lui. Devant, dos à un rideau blanc vaporeux qui voilait une baie, cinq hommes attendaient, assis à une grande table.
– Asseyez-vous, je vous prie, invita celui du milieu.
   Il portait le même chapeau mou noir à bandeau blanc que ses quatre copains. Mais alors qu’eux arboraient des lunettes fumées, lui montrait son regard gris et perçant. Une fleur rouge vif ornait la poche de sa veste, mais pas chez les autres.
   Tino remercia, puis obéit. Le gars, sans doute le patron, souleva une feuille et la parcourut d’un rapide coup d’œil.
– Antonio Giacomo Rosetti.
   Il releva son visage. Dans ses prunelles grises et froides, ses pupilles ressemblaient à deux aiguilles noires qui sondaient.
– Je suppose que tout le monde vous appelle Tonio.
   Le candidat respira, comme si ça pouvait suffire à chasser les papillons de peur qui volaient dans son ventre.
– En fait, c’est Tino, si je peux me permettre.
– Comme vous voudrez. J’ai bien votre CV, ainsi que vous pouvez le voir, mais pas mes collaborateurs ici présents. Auriez-vous d’autres exemplaires ?
   Rien qu’à ce stade, ça craignait. L’imprévoyant candidat qui avait le malheur de répondre non finissait sous les fondations d’un immeuble en construction.
– Oui, bien sûr, répondit Tino en ouvrant sa mallette.
    Il en sortit cinq copies de son CV et les tendit vers la main ouverte du patron, pas de doute, c’était bien lui.
– Parfait. Nous allons avant tout nous présenter. Silvio Caponi, directeur général de la société.
– Donald Dahmer, responsable du Service Exaction. Pardon ! Action !
   OK ! Ce sera lui mon supérieur !
   Et il semblait aimer l’humour. Ça valait mieux, dans ce boulot qui ne laissait pas de place à la sensibilité.
– Nicolas Mesrine, responsable des Relations Publiques.
– Vladimir Stakhanov, responsable Logistique.
– Emmanuel Tapie, directeur de la Comptabilité.
– Bien. Pour commencer, selon vous, à quel salaire un tueur à gages peut-il prétendre ?
   Le piège à con de n’importe quel entretien ! Le truc, c’était d’attendre d’avoir reçu une offre. Quelle phrase convenait pour se tirer de là ? Ah oui :
– Je suis sûr qu’on pourra s’entendre sur un salaire une fois que j’en saurai un peu plus sur le poste, enfin, le métier.
   Bafouille pas, bordel !
– Métier que vous n’avez jamais exercé, semble-t-il, rappela Dahmer en tapotant son exemplaire du CV.
– J’ai cru comprendre que les débutants étaient acceptés !
– Tout à fait. Notre société a bien des avantages, et le moindre d’entre eux n’est pas l’inutilité des licenciements.
– Exact ! confirma Caponi. Dans notre métier, les employés incompétents se font incarcérer ou tuer. Voire les deux…
   Ha ! Ha ! Ha ! Trop drôle !
– Mais passons ! Parlez-nous donc de vous, je vous prie…
– Eh bien, comme vous avez pu le lire sur mon CV,
(Merde ! Pile l’entrée en matière à éviter !)
j’ai fait de la prison plusieurs fois pour…
– Différents vols dans divers magasins, où vous êtes interdit. C’est effectivement ce que nous avons lu. Sans en nier l’intérêt, nous aimerions apprendre quelque chose que nous n’ayons pas déjà lu, si vous le voulez bien…
– Oui, bien sûr ! Eh bien…
   Tino chercha à toute vitesse. Que n’avait-il pas dit dans son CV ?
– J’ai toujours été passionné par les armes. Blanches ou à feu, n’importe !
   Il crut voir les grands pontes de la boîte soupirer.
– Je pense que quand ce sera le moment de tuer quelqu’un, j’assurerai.
   Le grand patron hocha la tête, son sourire poli n’éclaira même pas l’expression ennuyée de ses traits.
– Selon vous, quelles sont les qualités essentielles d’un tueur à gages ? demanda Dahmer.
– La discrétion. C’est capital, ça ! Sinon, y a la loyauté… Ce serait un peu con qu’il trahisse, vous êtes d’accord ?
   Tino devina l’air niais qui devait se peindre sur son visage.
– Plus pour lui que pour nous, soupira le chef du Service Exaction, pardon, Action, waf waf waf. Voyez-vous d’autres qualités essentielles ?
– Je crois qu’on a fait le tour.
– Merci d’être venu, salua Caponi.
– C’est… C’€st déjà terminé ?
– Nous vous rappellerons quand nous aurons pris une décision.

   L’homme vit quelqu’un se diriger vers la sortie, sa cravate blanche s’agitait contre sa chemise noire au rythme de son pas nerveux. Sur son visage se lisait un mélange de colère, de tristesse et… Les portes vitrées coulissèrent devant ce type et le laissèrent jaillir. Le candidat précédent, sans doute. Pas embauché…
   Un grand balèze dit son nom et lui indiqua un ascenseur ouvert.

– Vous avez oublié votre deuxième prénom, reprocha le recruteur du milieu.
   Le grand patron, à tous les coups.
– Je n’ai qu’un seul prénom, répondit le candidat.
– Ah, au temps pour moi. Donc, vous vous appelez Jacques Leventreur.
– Léventreur.
– Veuillez m’excuser. Donc, Monsieur Léventreur, votre CV m’a véritablement impressionné. Toutefois, je suis le seul à en avoir un exemplaire. En auriez-vous des copies, s’il vous plaît ?
– Oui, bien sûr.

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