Les écrits de Raphaël
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Maïgushu


        Une nouvelle inspirée par l’image que voici :

New York
    Va-t-elle devenir un roman ? Je n’en sais encore rien… Non, je ne pense pas avoir assez d’idées pour ça.


Lire l’histoire


Tim Tim Tou-Doudou ! Tim Tim Tou-Doudou ! Tim Tim Tou-Doudou ! Tim !
    Lauren sourit alors que la chanson de Liza Minelli sonnait dans son esprit entre deux chambres. Le New York New York n’était qu’une caricature de la grande ville qu’il était censé évoquer. Pire qu’une imitation : une copie en toc. Comme tout à Las Vegas, quoi.
    Elle poussa son chariot jusqu’à une porte et frappa.
_ Oui ?
_ Votre petit déjeuner, Monsieur.
_ Ah ! Merci ! Entrez !

    Il entra dans le vestibule du palace. Devant ses yeux, une espèce de brume liquide et translucide déformait les contours en courbes instables. Les visages se muaient en masques mouvants, les murs qui auraient dû être solides ressemblaient à des rideaux mous...
    Mais son corps gardait un équilibre parfait. Et pas la moindre nausée n’effleurait son estomac.
    Il s’avança vers le réceptionniste d’un pas qui aurait dû chanceler. Mais ses pieds se posaient fermement sur le sol.
_ Bienvenue au New York New York, Monsieur.
    La voix était bien trop grave pour être humaine, le débit beaucoup trop lent.
    Rien n’était normal dans ses sens. Sa vue et son ouïe ressemblaient à celles d’un ivrogne ou d’un drogué.
    Il n’était ni l’un ni l’autre.
Mais qu’est-ce qui m’arrive ?
    Cet état durait depuis... depuis...
Depuis quand ?
    Il ne savait plus, et ce n’était même pas le plus fou.
    Non. Le plus fou était qu’il aurait dû se sentir faible, nauséeux...
    Au lieu de ça, une étrange énergie brûlait dans son corps.

    Lauren quitta la chambre. Le long du couloir, les portes lui semblaient défiler devant ses yeux.
Allez ! sourit-elle.
    Ce n’était pas si terrible. Les clients du palace étaient en général bien plus soigneux que ce qu’elle imaginait avant de commencer ce boulot de femme de chambre. Cette image de gens condescendants au point de ne pas même daigner tirer la chasse d’eau n’était pas même une exagération, mais bel et bien une idée fausse ! Elle faillit en rire. Tirer les draps, astiquer les sanitaires et aspirer le sol suffisait, le plus souvent.
    Elle ouvrit la chambre qui l’attendait. Ah, pas aussi bien tenue, celle-ci ! Pas encore une porcherie, mais tout de même !
    Au travail...

_ Que puis-je faire pour vous ? demanda la voix trop grave et trop lente du réceptionniste.
    L’homme ne répondit pas. Il vit son bras se tendre, sa main saisir la mâchoire du visage aimable qui lui souriait poliment... Devant lui, la bouche se tordit d’effroi et de douleur.
    Sans y penser, il serra ses doigts. Un affreux craquement humide caressa ses oreilles. Un hurlement strident, proche du couinement, lui picota doucement l’échine.
    Il relâcha son étreinte. Le menton écrasé pendait mollement. Des dents brisées tombèrent. Des petites rigoles de sang coulèrent de la bouche.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
    Aucune tristesse, aucune inquiétude ne naquirent de sa question. Dans sa tête, les mots avaient un son neutre.
    Des pas précipités retentirent.

    Et voilà ! De belle suites toutes propres ! Lauren laissa échapper un soupir qui expulsa une partie de sa fatigue, puis poussa son chariot vers l’ascenseur.
Ouf ! Et maintenant, un bon café, le déjeuner...
    Elle pressa le bouton d’appel.
    Sa lumière, au lieu de clignoter, demeura fixe. Au-dessus de la porte métallique, les témoins des étages s’allumaient et s’éteignaient.
4. 3. 2. 1.
   
Ça arrivait, ce n’était pas grand-chose. Un peu de patience et...
    Eh ben voilà, ça remontait. Bon, d’accord, c’était encore occupé.
1. 2. 3. 4. 5.
    La porte coulissa.
_ Lauren...
    Elle entendit son prénom en même temps qu’apparaissaient les boutons dorés, le visage et l’insigne de la casquette d’Andy, le vieux groom.
_ Faut évacuer l’hôtel !
    La veste rouge et le pantalon noir furent bientôt visibles à leur tour.
    Andy jaillit, saisit les épaules de Lauren
_ Hey ! protesta la jeune fille.
et la tira
_ T’es malade ou quoi ?
dans la cabine.
_ Faut évacuer, vite ! insista-t-il en guise d’excuse.
_ Mais qu’est-ce que tu racontes ?
    Ça ne ressemblait pas à une blague. D’ordinaire, le groom affichait un visage de papy jovial. On le disait né avec un sourire. Mais aujourd’hui, la pâleur de sa peau ridée et le gris de ses cheveux dessinaient un camïeu de teintes poussièreuses. Sa main tremblante fonça sur le bouton du rez-de-chaussée, s’arrêta...
_ Non ! Il doit nous attendre en bas !
_ Qui ça, il ?
_ Viens avec moi !
    Il saisit le bras de la jeune fille et bondit hors de l’ascenseur, la tira derrière lui.
_ Andy, tu peux m’expliquer ? s’agaça-t-elle.
_ Faudrait déjà que j’y comprenne quelque chose.
    Un autre ascenseur s’ouvrit. La cabine cracha Tony, le barman, et Mr Ostan, le directeur du palace.
_ Ah ! Lauren ! J’ai donné l’ordre d’évacuer l’hôtel. Venez, vite ! Nous allons prendre un escalier de service.
_ Mais qu’est-ce qui se passe ?
_ Plus tard !

    La tête du vigile sauta comme un bouchon de champagne, libéra un épais jet rouge qui lui éclaboussa le visage. L’odeur chaude et cuivrée aurait dû lui paraître nauséabonde. Mais non. Il frissonnait d’un suave plaisir pendant qu’un autre agent de sécurité, tous muscles bandés, le fixait.
_ Viens te battre, espèce de fumier ! lui dit la voix trop lente et trop basse du type.
    Qui ne pouvait pas s’empêcher de trembler. La terreur envahissait ses yeux, les écarquillait.
    L’homme s’avança d’un pas lent et lourd, indifférent à ce vertige qui aurait dû l’empêcher de tenir debout.

    Mr Ostan ouvrit la porte de l’escalier de service.
_ Vite !
    Il pressa l’épaule d’Andy et le poussa. Puis Tony. Puis Lauren.




A suivre

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