Les écrits de Raphaël
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Le lycée souterrain


       Une histoire née d’un rêve étrange. Je visitais, des années après l’avoir quitté, le lycée où j’ai préparé mon bac. J’y constate que les bâtiments ont la même architecture, mais ont été prolongés... sous le sol ! Je demande à un lycéen où je peux trouver le proviseur afin de lui demander les raisons de cette curieuse évolution, et il me répond : "Le proviseur ? Mais il ne quitte jamais son bureau !". Puis il m’indique un souterrain !
       Une fois réveillé, j’ai vu dans cette image l’idée d’une histoire.


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Naissance d’Aurore Golem


    Le professeur Samuel Golem enclencha le petit disque dur dans le socle de métal. Des assistants emboîtèrent des caméras, des micros et un capteur olfactif. Il les laissa continuer la construction de la tête afin de surveiller celle des membres.
_ Puis-je procéder à un test des bras ?
_ Oui, professeur, répondit un assistant.
    On enfila sur les bras du savant des manches de caoutchouc terminées par des gants.
_ Tout est prêt. A vous, professeur !
    Samuel écarta ses bras. Il vit ceux qui étaient pour l’instant montés aux extrémités d’une barre imiter son geste, puis plia ses coudes. Les deux machines le singèrent. Il fléchit ses doigts, les tendit. Les mains mécaniques suivirent.
_ Excellente réaction et fluidité des mouvements. Test de résistance et de force, je vous prie !
    Les assistants apportèrent péniblement deux lourdes caisses qu’ils posèrent avec soulagement à proximité des membres. Samuel effectua le geste d’approcher ses mains des poignées des couverles des deux énormes boîtes.
_ Vous pouvez prendre, dit un assistant. Serrez plus. Plus encore. Très bien ! Vous pouvez soulever, professeur.
    Les bras soulevèrent les caisses sans aucun effort.
_ Parfait.

    Des techniciens tinrent les jambes électroniques debout, les emboîtèrent sur une barre, puis y enchâssèrent un tonneau métallique.
_ Test d’équilibre, annonça Samuel.
    Les assistants lâchèrent les jambes. Leur processeur d’équilibre imposa la flexion qui les empêcha de tomber.
_ Marche.
    Un technicien pressa un bouton. Les jambes se déplacèrent de quelques pas.
    Sans tomber.
_ Tourner à droite.
    Les jambes tournèrent. Le tonneau ne les entraîna pas sur le sol.
_ Tourner à gauche.
    L’équilibre était toujours parfait.
_ En arrière.
    Les jambes reculèrent. Le tonneau ne les entraîna toujours pas.
_ Stop. Les mêmes mouvements en course.
    Les jambes recommencèrent leur manège, mais en courant à une vitesse incroyable. Samuel la connaissait : presque cinquante kilomètres à l’heure, soit plus vite qu’un guépard.
_ Le test d’équilibre est concluant.

    Des assistants posèrent un tronc métallique sur une table d’opération. Métallique... Comme pour tout le corps, il s’agissait d’un alliage léger et plutôt résistant. On était loin d’un char d’assaut, mais les circuits seraient au moins protégés des coups.
    Les techniciens vissèrent les bras, les jambes, puis la tête. Samuel s’approcha de ce qui ressemblait maintenant à une silhouette humaine, puis caressa les nombreux panneaux mobiles du visage qui permettraient de sourire, d’articuler des paroles... Sur les lentilles des caméras se fermaient de fausses paupières qui cachaient des globes oculaires factices, objectifs mobiles de petites caméras.
_ Posez la peau.
    Les assistants ouvrirent une malette et en sortirent ce qui ressemblait à un linge blanc, le déplièrent précautionneusement. De longs fils jaunes formaient comme une chevelure blonde. Dans l’étoffe à l’épreuve du feu se dissimulaient des milliers de capteurs tactiles.
    Ils enfilèrent doucement la peau sur les jambes, la montèrent sans hâte, y enfilèrent délicatement les bras, puis la tête. Ils pressèrent sur le cou, puis le long du bras, de l’épaule jusqu’au bout du petit doigt. Enfin, la peau fut refermée. De part et d’autre de la tête brillaient encore deux petits disques de métal nu encerclés de petits trous. Un technicien dégagea des mèches de cheveux blonds afin d’enclencher une oreille factice sur l’un d’eux, puis d’autres habillèrent le robot enfin terminé. Lorsqu’ils eurent finis, la machine ressemblait à une adolescente endormie...
    Samuel caressa en souriant des mèches de cheveux blonds, les écarta et brancha un fil là où aurait dû se trouver une oreille. C’était normalement la dernière fois que sa créature électronique avait besoin d’être reliée au secteur. Ses yeux n’étaient pas seulement les objectifs de ses caméras. Ils contenaient également des capteurs photovoltaïques extrêmement sensibles. Dans le ventre, un faux système digestif transformait toute nourriture ou boisson absorbée en énergie électrique. Energie également produite par de faux poumons qui transformaient l’oxygène de l’air inspiré. Le robot pouvait cesser d’alimenter ses articulations et ses capteurs pour une durée qu’il choisissait.
_ Messieurs, je vous remercie et vous félicite du travail accompli pendant ces années.
    Dix ans. L’androïde -il méritait bien ce nom de science-fiction !- avait exigé dix ans de conception. Son intelligence artificielle était le fruit de longs efforts. Combien d’erreurs corrigées dans ce logiciel si complexe ? Ses quatre sens -seul manquait celui du goût- avaient exigé un travail presque dément. Ses systèmes d’alimentation électrique avaient nécessité de longues recherches, d’interminables expériences. Combien de fois Samuel avait-il failli abandonner avant de se reprendre ? Mais la récompense, l’oeuvre de sa vie était là, couchée sur cette table, les yeux clos.
_ Je ne vous remercierai jamais assez de l’aide inestimable que vous m’avez apportée pendant ces nombreuses expériences. Ce robot n’est pas ma création, mais aussi votre création. Malheureusement, ce n’est pas aujourd’hui que vous le verrez fonctionner. En effet, ses batteries sont encore vides, et il ne sera opérationnel que lorsqu’elles seront entièrement chargées. En attendant, je vous invite à goûter un repos pleinement mérité. Encore merci, non seulement de m’avoir aidé, mais aussi et surtout d’avoir supporté mon caractère.
    Il endendit le petit rire des techniciens. Son caractère n’était pas bien difficile à supporter. Samuel se savait exigeant, mais tentait néanmoins d’être toujours courtois et avenant.

Energie : 97 %
98 %
99 %
100 %
Secteur débranché. Mode sommeil enclenché.
Oreille factice posée.
   
Le robot ouvrit ses yeux, les dirigea autour de lui. Au-dessus de son visage se penchait un homme barbu aux cheveux blancs revêtu d’une blouse blanche.
Identification oculaire... Professeur Samuel Golem.
_ Bonjour, professeur Golem.
    L’homme sourit.
_ Bienvenue dans ce monde, Aurore.


A suivre


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