Les écrits de Raphaël
BlogMes sits amisQuelques mots sur moiLivre d´OrRemerciements


Attentat sous la mer


    Une mission de Suniko Wong-Haï, la ninja de Shuriken.
    Elle a été commencée sur un forum. Nous avons écrit des textes sur le thème A mort la princesse.


Lire l’histoire


Que revienne la grandeur passée du peuple akwaynn ! Que le sang des guerres abreuve à nouveau notre race !
    Telle était la devise de la Confrérie, qui résonnait dans la tête de Dollius alors qu’il savourait déjà son triomphe. Jamais il n’avait vu palais si mal surveillé. Et c’était celui du roi ! Ces gardes inattentifs étaient donc les descendants des fiers guerriers qui dominèrent les peuples sous-marins de la Terre Mortelle ? La race akwaynn avait donc dégénéré à ce point ?
    Cela ne pouvait plus durer. Il fallait en finir avec cette torpeur que sa dite majesté nommait paix. La paix ! Qu’était donc ce mot ?
    Dollius se réjouissait de cette mission. Dans quelques instants, la princesse Warrendia serait morte, ses quatre bras seraient découpés et sur son dos seraient gravées les trois dagues de corail, emblèmes de la Confrérie.
    Les gardes lui avaient, par leur inattention, mâché le travail. Il avait pu nager dans ces couloirs presque sous leur nez. A quoi donc leur servaient leurs yeux d’akwaynns, si l’obscurité d’un château sous-marin suffisait à les aveugler de la sorte ? Et dire que les livres d’histoire mentionnaient des guerriers capables de se battre dans une nuit noire en pleine jungle de Swankoo ! C’était la paix qui atrophiait les races à ce point, le doute n’était pas permis. Une fois que la Confrérie aurait pris le pouvoir, le peuple akwaynn réapprendrait l’art de la guerre, mènerait de nouvelles batailles dans d’autres régions de l’océan, puis sur la terre ferme, et même à ces stupides strattiers, qui croyaient dominer la Terre Mortelle simplement parce qu’ils la survolaient !
    A présent, il n’était plus qu’à quelques brasses de la chambre de Warrendia. Il nagea sans bruit jusqu’à la porte, saisit dans deux de ses mains des dagues de corail et la poignée dans une troisième, la tourna, plus silencieux que jamais, glissa lentement le panneau, entra et referma derrière lui.
Ne serait-ce pas trop facile ?
    Cette pensée lui traversa l’esprit. Était-ce donc le moment ? Devant lui se dressait la capsule de quartz où dormait Warrendia. Un sourire cruel fendit son visage. Il s’approcha sans hâte de celle qui deviendrait sa proie. Quinze ans... Un bien jeune âge pour mourir. Là était ce qui frapperait le roi Nemiios au cœur : le cadavre démembré de sa fille adolescente. Quel triomphe pour la Confrérie ! Dollius serait un héros !
    Le moment était venu. Des frissons de joie parcoururent son corps. De ses deux mains encore libres, il souleva le couvercle de quartz. Puis ses bras armés plongèrent vers la forme couchée sur le lit d’algues, les dagues s’y acharnèrent, chaque coup élargissait son sourire cruel...
    Aucun sang ne se mêlait à la mer.
    La joie de Dollius fondit. Il baissa les yeux vers le lit d’algues.
    Vide.
_ Enfin te voilà ! J’étais lasse de t’attendre.
    La voix s’exprimait dans un akwaynn parfaitement maîtrisé, mais elle était humaine.
Comment est-ce possible ? Aucun humain ne peut survivre sous l’océan !
    Une silhouette jaillit de sous la capsule et flotta devant Dollius. Une femme. Sa peau cuivrée et ses yeux en amande trahissaient l’origine jerwellaise. Un masque couvrait son nez et sa bouche, un écran transparent protégeait ses yeux...
Un masque de respiration !
    C’était l’une des plus belles inventions des elfes, grâce à laquelle leurs enquêteurs pouvaient survivre dans n’importe quel milieu. Mais la fille était humaine. Elle portait une veste et un pantalon amphibies, de couleur... noire ? Une autre invention des elfes, mais le tissu était normalement bleu sombre. A moins que la teinte ne puisse se modifier, comme sur les tenues des...
    Une ninja ! Nemiios avait donc demandé l’aide de l’Empire Humain !
    Dollius dégaina deux autres dagues. Dans son esprit se dessina l’image de la jerwellaise en pièces...
    La lame fendit la mer en direction de la poitrine. La pointe allait percer le sein...
Cling !
    Le corail tinta contre du métal, la dague déviée ne frappa que de l’eau. Mais d’où ce kunaï avait-il bien pu surgir ? La fille se tenait devant lui et, le temps de l’assaut, l’arme était apparue dans sa main et parait...
Ce ne peut être une humaine ! Comment peut-elle être aussi rapide ?
    Dollius vit la ninja bondir, nager vers le plafond de la chambre. Il la suivit, ses dagues décrivaient de menaçants moulinets. Sous les palmes luisaient des ashikos...
    Le bras se tendit, il se jeta sur le côté pour éviter quelque chose qui fendait la mer dans sa direction. L’objet se planta dans le mur derrière lui.
Une shuriken !
    Du coin de l’oeil, il vit vaguement du métal bouger et recula.
    Trop tard. L’ashiko creusa trois griffures dans son épaule, la douleur le brûla, il desserra ses doigts sur la dague, qui s’échappa dans le flux de la mer. Un sang noirâtre s’écoula, se mêla à l’eau salée.
    Dollius vit les trois pointes de métal plonger vers sa chair. Il plongea, passa sous les pieds de la fille et se hissa derrière elle.
    Elle se retourna.
    Il ne parvenait plus à imaginer ce beau corps d’humaine taillé en pièces, mais crut bien voir un sourire moqueur à travers le masque de respiration.

    Leur regard se plongea dans celui de l’autre, y scrutait les émotions, les intentions, désirait y sonder les pensées les plus intimes. Dollius ne sut que déchiffrer dans les yeux de son ennemie, mais espéra ne pas laisser paraître sa peur dans les siens. Il dressa le poing de son bras à l’épaule blessée. Ce simple geste alluma un éclair de douleur.
    Trois dagues. Et une main qu’il serait hors de question d’utiliser dans ce combat. Il se sentit vulnérable face à cette humaine trop vive et trop agile.
    La main rapide de la ninja plongea dans une poche de sa tenue amphibie, en ressortit. L’éclair métallique d’une shuriken en jaillit, fonça vers la gorge de Dollius. Une autre fendit la mer vers son ventre. Une troisième fila vers son oeil.
    De ses dagues, il écarta les armes.
    La fille n’était plus devant lui.
    Une douleur le brûla de la joue au crâne, déchira sa branchie... Une lame venait de lui fendre le visage, d’entamer son oreille ! Elle dessina une ligne en travers de son dos. Dollius faillit lâcher ses dagues, crispa ses mains sur les gardes pour les retenir. Il se retourna, dessina des moulinets dans l’eau, souhaita lacérer le corps délicieux de cette ninja.
    Elle avait disparu.
Non ! Elle doit être derrière...
_ Ah !
    Des entailles venaient de se dessiner sur son flanc. Le kunaï taillada son dos.
_ Rends-toi, dit la fille d’un ton froid. Ton souverain sera bien plus clément que moi.
Que revienne la grandeur passée du peuple akwaynn ! Que le sang des guerres abreuve à nouveau notre race !
   
La devise résonna à nouveau dans la tête de Dollius, lui donna la force de se retourner. Plein de courage et de colère, il fonça sur la ninja, deux de ses dagues dessinaient d’amples et rapides moulinets. La troisième, dressée, était prête à parer le moindre coup du kunaï. La jerwellaise esquiva la charge d’un bond sur le côté. Il se tourna, parvint à demeurer face à elle. Des douleurs s’allumèrent dans les plaies de sa branchie, de son bras, de son flanc et de son dos, il tenta de les chasser de son esprit.
    La fille n’était plus là.
Elle a profité de...
    Une vive coupure brûla ses cuisses.
Que revienne la grandeur passée du peuple akwaynn ! Que le sang des guerres abreuve à nouveau notre race !
    Cette devise ne sauverait pas Dollius, il le savait.
_ Rends-toi ! insista la ninja.
    Elle avait raison : Nemiios serait bien plus clément qu’elle. Bien avant son règne, un roi akwaynn avait aboli la peine de mort. Mais cette fille n’hésiterait pas à le dépecer.
    Dollius lâcha ses dagues
_ Ne compte pas sur moi pour implorer quoi que ce soit !
et se retourna.
_ Ne feins pas le courage ! railla-t-elle. Comment espères-tu que j’aie la moindre estime pour quelqu’un qui aurait assassiné une adolescente pendant son sommeil ?
_ Tu n’es qu’une idiote ! La Confrérie saura ce que tu as infligé à l’un de ses membres ! Mes frères sauront te châtier comme tu le mérites !
_ En attendant, il faudrait qu’ils châtient celui qui t’a trahi.
_ Que dis-tu ?
_ C’est toi l’idiot, semble-t-il ! Ne t’ai-je pas attendu dans cette chambre ?


Envoyez-moi votre avis

Revenir en haut de la page

© 2008 Raphaël TEXIER copyright